
Streaming : la fin de l’âge d’or ?
Pendant des années, le mot d’ordre était simple : produire plus, partout, tout le temps.
Netflix, Disney+, Amazon Prime Vidéo et leurs concurrents ont investi massivement dans les séries, les franchises et les productions internationales. L’objectif : conquérir des abonnés, occuper les écrans et installer de nouveaux univers culturels.
Mais le paysage change.
Aujourd’hui, une série peut être lancée avec ambition… et disparaître après une seule saison. Une franchise peut bénéficier d’une promotion mondiale… avant d’être rapidement abandonnée.
Que s’est-il passé ?
La fin du « volume à tout prix »
Les plateformes ne peuvent plus seulement compter les heures de visionnage produites. Elles doivent désormais démontrer que leurs investissements créent suffisamment de valeur : abonnements, fidélisation, engagement ou revenus publicitaires.
Cette évolution change profondément la manière de produire.
Le risque devient plus difficile à accepter. Les projets coûteux doivent trouver rapidement leur public. Et lorsqu’une série ne remplit pas suffisamment ses objectifs, la deuxième saison n’est plus automatique.
Pour les créateurs, cela signifie une chose : le succès artistique ne garantit plus la durée de vie d’une œuvre.
Créer un univers demande du temps
C’est là que le paradoxe apparaît.
Une franchise ou un univers narratif nécessite plusieurs œuvres pour construire ses personnages, fidéliser une communauté et installer une identité. Mais la logique économique des plateformes pousse parfois à mesurer très rapidement les résultats.
Une série peut donc être victime de sa propre ambition. Par exemple si elle est trop coûteuse pour être prolongée, mais annulée avant d’avoir eu le temps de devenir un phénomène.
Cette logique fragilise également les productions internationales. Multiplier les territoires ne signifie pas automatiquement trouver un public mondial.
Et si le public reprenait le contrôle ?
Pendant que les plateformes rationalisent leurs catalogues, d’autres modèles retrouvent de la force.
Le cinéma en salle conserve sa capacité à transformer une sortie en événement. La télévision linéaire résiste dans certains marchés. Et YouTube continue de démontrer qu’un créateur peut construire directement une audience sans passer par une grande plateforme de streaming.
Résultat : le futur pourrait être moins « tout streaming » que multicanal.
Une œuvre peut désormais être pensée pour la salle, une plateforme, la télévision, YouTube ou plusieurs de ces espaces à la fois.
Le regard Delphy
Le changement le plus important n’est peut-être pas la fin des plateformes.
C’est la fin de leur toute-puissance.
Les plateformes restent incontournables, mais elles ne sont plus les seules portes d’entrée vers le public. Pour les producteurs indépendants, cette évolution peut ouvrir de nouvelles stratégies : mieux cibler les projets, diversifier les diffuseurs, penser les audiences en amont et construire des œuvres capables de circuler entre plusieurs canaux.
Demain, le bon projet ne sera peut-être plus celui qui entre dans le plus gros catalogue.
Ce sera celui qui sait où trouver son public.
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